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Un gros pavé littéraire: « Les Bienveillantes » de Jonathan Littell

On commence l’année 2017 avec du lourd que ce soit par rapport au volume du livre (894 pages) que par son sujet: l’Allemagne nazie et ses massacres durant la Seconde Guerre Mondiale… Autant vous dire que la lecture est réservée à des lecteurs confirmés avec le cœur bien accroché!

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Résumé

« En fait, j’aurais pu tout aussi bien ne pas écrire. Après tout, ce n’est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n’ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d’écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n’ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j’ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut être aussi, elles ne concernent que moi; et pour le reste, vers la fin, j’ai sans doute forcé la limite, mais là je n’étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l’air, le manger, le boire et l’excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif ».

Avec cette somme, Jonathan Littell nous faire revivre les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant une homme comme rarement on l’avait fait: l’épopée d’un être emporté dans la traversée de lui-même et de l’Histoire.

Mon avis

Si vous êtes dans une période un peu déprimante et triste passez votre chemin! Ce livre ne vous remontera le moral en aucun cas. En même temps, le sujet du roman ne s’y prête guère… Dans ce roman, écrit la première personne, on suit la destinée de Maximilien Aue,  qui bien des années après la guerre, nous livre ses souvenirs de cette époque. C’est une sorte d’introspection sur le jeune homme qu’il était: officier SS alors qu’il était âgé de 25 à 30 ans.

Le roman est divisé en 7 chapitres totalement inégaux qui reprennent en titre la musique et les danses du 18ème siècle (Toccatta, Gigue,…) et qui suivent la chronologie morbide de la guerre sur le Front de l’Est, de la Shoah par balles en 1941 aux camps d’extermination des Juifs en passant par la bataille de Stalingrad pour s’achever à la chute de Berlin en 1945. Rien n’est épargné au lecteur en ce qui concerne les atrocités perpétrées. Le langage est cru, froid presque clinique et détaché.

Ce n’est pas dans ce genre de roman que l’on s’attache au personnage principal! Aucune perversion n’est écartée: antisémitisme, inceste, torture… Détail très important pour l’époque, Aue a un comportement homosexuel. Cependant, il est intéressant de comprendre en suivant ce personnage le cheminement qui fait d’un homme normal un criminel de guerre, un bourreau aux yeux du reste du monde. Le roman met bien l’accent sur le fait que le personnage, assume, au-delà du bien et du mal, son engagement nazi pour le peuple allemand conduit par le Führer. Il suit les ordres qui le mènent sur un chemin sans possibilité de retour en arrière un peu par hasard. En ce qui concerne sa vie privée, ce n’est pas mieux: relation malsaine avec sa sœur et sa mère, une certaine tendance à l’auto-destruction…

L’auteur a été loué pour la profusion de recherches historiques menées pour la rédaction de cet ouvrage. Effectivement, les campagnes de l’Est ainsi que les autres périodes sont très bien documentées. Ces détails par contre peuvent rendre la lecture un peu lourde si l’on ne connait pas un minimum cette période! De plus, malgré un glossaire à la fin du livre, il est parfois difficile de s’y retrouver entre les différentes grades et les différentes appellations (Einsatzgruppe, , Gauleiter, NKVD,…). Si l’on arrive à passer outre, cela apporte un lot considérable de connaissances sur cette époque.

« La guerre totale, c’est cela aussi: le civil ça n’existe plus, et entre l’enfant juif gazé ou fusillé et l’enfant allemand mort sous les bombes incendiaires, il n’y a qu’une différence de moyens; ces deux morts étaient également vaines, aucune des deux n’a abrégé la guerre même d’une seconde; mais dans les 2 cas, l’homme ou les hommes qui les ont tués croyaient que c’était juste et nécessaire; s’ils se sont trompés qui faut-il blâmer? »

Un roman très noir et difficile à lire mais qui a le grand mérite de nous poser des questions et de nous interroger! Sur ce je vais me trouver un livre léger et sans prise de tête pour compenser près de 900 pages d’horreur humaine!

Note: 7/10

14 réflexions au sujet de « Un gros pavé littéraire: « Les Bienveillantes » de Jonathan Littell »

  1. Un livre qui tente une intrusion aux sources du mal et qui interroge sur sa naissance et son engrenage, ne peut qu’être difficile. Sauf que, s’il est bien écrit comme l’est celui-ci, il en devient passionnant car il analyse une âme ainsi qu’un pan de la grande Histoire de l’humanité.

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